Dans le quotidien d’un artisan chef d’entreprise
Écrit par Léna Fernandes
Publié le 13.05.2024 • Édité le 13.05.2024 à 10:22 en https://paperjam.lu
Cravate autour du cou ou casque de sécurité sur la tête, Clément Wampach dirige TK Elevator Luxembourg, entreprise de 52 personnes spécialisée dans la mobilité au sein des bâtiments. Paperjam l’a suivi pendant deux jours, entre réunions, petites et grandes décisions et visite de chantier.
«Vous allez voir, c’est spectaculaire!» Pour le premier jour d’immersion dans son quotidien, le directeur de TK Elevator Luxembourg (TKE), Clément Wampach, donne rendez-vous non pas dans son bureau, mais sur un chantier à la Fondation Pescatore. L’entreprise spécialisée dans les ascenseurs, escaliers mécaniques et autres installations pour la mobilité dans les bâtiments, y aménage un système de parking automatique de 51 places. Une ampleur jamais vue pour ce type de projet et dont le directeur est très fier.
Équipé de casques, de chaussures de sécurité et d’un harnais antichute, Clément Wampach effectue sa quatrième visite de l’année 2024 sur ce chantier. Le directeur ne vient pas pour intervenir sur les aspects purement techniques, mais plutôt pour «voir les ouvriers». Il n’est pas là «pour diriger le chantier, ça, c’est le travail du responsable de projet. L’idée est d’apporter une présence, un accompagnement et du soutien.» Pour ce diplômé en administration et gestion des entreprises de la ESCP Business School, en France, c’est aussi ça être chef d’entreprise.
«La communication continue avec les personnes sur le terrain est extrêmement bénéfique pour la société, elle enrichit ensuite les discussions que nous avons avec les responsables.»
Clément Wampach, Directeur , TKE Luxembourg
Le directeur s’enfonce cinq étages sous terre où deux de ses ouvriers sont à l’œuvre pour finaliser l’installation du parking mécanique. On sent sa proximité avec ceux pour qui il joue aussi un rôle de traducteur: «Les ouvriers allemands ont également besoin de ma présence, car tout le monde ne parle pas allemand sur le chantier», explique l’unique Luxembourgeois sur les 52 d’employés de TKE.
Être présent sur les chantiers de TKE «me permet de comprendre ce qu’il s’y passe. Cette communication continue avec les personnes sur le terrain est extrêmement bénéfique pour la société, elle enrichit ensuite les discussions que nous avons lors de réunion avec les responsables. Ça aide à prendre de meilleures décisions, car elles sont inspirées de ce que nous avons observé et des choses dont les ouvriers ont pu me faire part.»
Inquiet, comme tous les acteurs du secteur de la construction en ce moment, l’homme à la tête de TKE reste optimiste: «C’est clair qu’on se fait du souci quand on entend que le nombre d’autorisations de bâtir et de ventes en futur état d’achèvement a fortement chuté et que des entreprises font faillite ou licencient du personnel. Mais je pense que malgré les difficultés actuelles du secteur, nous pouvons être globalement rassurés sur le long terme. Nous sommes dans un pays où il y a un apport net de population tous les ans, ce qui engendre nécessairement des besoins immobiliers. Je pense que nous allons retrouver le bon rythme à terme. Et honnêtement, je fais aussi confiance à nos décideurs politiques. Le Luxembourg a toujours su se relever. Quand j’étais petit, ça a été le premier choc pétrolier et la crise de la sidérurgie, à chaque génération ses défis. Je continue à avoir confiance dans mon pays.»
«Je pense que les gens tiennent à ce qu’on reconnaisse leurs inquiétudes.»
Clément Wampach, Directeur , TKE Luxembourg
Face aux difficultés, Clément Wampach tient à rester «transparent et honnête», car selon lui, «tout le business est basé sur la confiance, donc il ne faut pas essayer de faire croire à quelque chose qui n’est pas le reflet de la réalité. Le déni passe mal et je pense que les gens tiennent à ce qu’on reconnaisse leurs inquiétudes.» Son rôle de chef d’entreprise «est de donner un avis sur les difficultés en question, sur le temps qu’on estime cela peut durer, de trouver des idées pour pallier la situation…» Loin d’être défaitiste, il estime que «nous ne sommes pas les mains liées dans ces situations, il y a toujours des solutions.»
… et salle de réunion
Clément Wampach passe aussi une bonne partie de ses journées dans les locaux de TKE à Contern. Au programme pour un lundi matin? Une réunion avec le Service de santé au travail de l’industrie (STI), un service de la Fedil qui accompagne ses membres en matière de santé et de sécurité au travail. Du côté du fabricant et fournisseur de services d’ascenseurs, Anne-Catherine Gori, administrative officer, et Christian Brausch, responsable projets et «salarié désigné», participent également à ce rendez-vous dont l’objectif est de passer en revue tous les aspects de la santé et de la sécurité au travail de l’activité de l’entreprise.
Installé autour d’une table sur laquelle sont disposés ordinateurs, amas de documents et tasses de café, chacun intervient dans ce qui a davantage l’air d’une discussion que d’échanges formels. Analyse des postes à risque, reclassement interne, politique de l’entreprise sur les addictions, santé mentale, gestion des conflits, produits chimiques… beaucoup de sujets sont abordés durant les presque deux heures que dure l’entretien.
Clément Wampach explique au STI qu’il accueille lui-même chaque nouvel employé pour lui inculquer les règles et la culture de l’entreprise, car «vu n’importance de la santé et de la sécurité dans notre activité, je tiens à m’en occuper personnellement». Titulaire de la certification de travailleur désigné en matière de sécurité et de santé au travail, il anime aussi régulièrement les formations internes sur ce sujet.
Sa connaissance du terrain lui permet de décrire précisément le travail de ses ouvriers, quel que soit leur poste. Et lorsque le STI demande quels sont les accidents de travail qui sont survenus chez TKE, le chef d’entreprise se lève pour mimer la façon dont un accident – sans conséquence grave – est arrivé à un employé qui se trouvait sur le toit d’une cabine d’ascenseur.
Une implication au-delà des heures de travail
Clément Wampach explique que le réseautage représente une part importante de son travail, même si «la plupart de ces activités viennent après le temps de travail, en fin d’après-midi et en soirée.» Il est également président de la Fédération des ascensionnistes depuis 2011, ce qui implique des réunions, notamment pour «négocier la convention collective avec les syndicats et discuter des nouveaux projets de règlementation.» Représentant de sa fédération au sein du Centre de compétences génie technique du bâtiment de Bettembourg, le directeur de TKE donne des cours de gestion du personnel pour le brevet de maitrise à la Chambre des métiers le vendredi soir.
Qu’en est-il de son équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle? «Je déconnecte bien par rapport à mes besoins de déconnexion», ce qui pour lui signifie que «durant mes week-ends et mes congés, je vais quand même jeter un œil à mes emails.» Attention, ce bourreau de travail précise immédiatement qu’il «ne demande pas aux autres de faire la même chose, au contraire! J’aurais plus d’inquiétudes si je revenais après plusieurs semaines sans avoir rien suivi et en me demandant ce qui m’attendra à mon retour au bureau, donc ça me rassure. Mais c’est ma façon personnelle de faire.»
Ce qui ne l’empêche pas non plus de déléguer et de responsabiliser ses employés. C’est selon lui l’une des raisons qui explique qu’il n’y ait pas beaucoup de turnover chez TKE, car «cette autonomie leur apporte une grande satisfaction».
Clément Wampach est conscient que l’entreprise doit pouvoir fonctionner normalement en son absence, que ce soit quand il part trois semaines en vacances en Australie ou lorsqu’il a dû être traité en soin intensif pour un Covid assez grave. Le chef d’entreprise considère que son rôle relève «de la remise en question, de la simplification des processus, de la coordination et de l’écoute des équipes» et qu’il a aussi pour mission de «faire connaitre la marque et les produits TKE».
Des hobbies qui effacent toute hiérarchie
Après tout cela, il lui reste quand même un peu de temps pour s’adonner à ses hobbies comme la promenade, le vélo et surtout la musique. Membre d’une chorale, ce passionné ne fait, là encore, pas les choses à moitié et a déjà participé à des concerts en France, en Laponie, en Italie ou encore en Suède. «C’est cette implication qui me permet de déconnecter», dit-il avant d’ajouter que «cela me permet aussi de rencontrer des gens très différents: il y a des médecins, des enseignants, des retraités ou encore des personnes qui travaillent dans des crèches au sein de la chorale. C’est un reflet de la société où il n’y a pas de hiérarchie.»
«On était 16 personnes en 2005 et on a triplé le nombre d’employés. Au niveau du chiffre d’affaires, c’est même du fois cinq. Je tire ma fierté du fait d’avoir accompli tout cela.»
Clément Wampach, Directeur , TKE Luxembourg
Car sa fierté, Clément Wampach ne la trouve pas dans sa position hiérarchique, mais plutôt dans le fait «d’avoir développé cette entreprise que j’ai reprise en 2005. On était 16 personnes à l’époque et on a triplé le nombre d’employés. Au niveau du chiffre d’affaires, c’est même du fois cinq. Je tire ma fierté du fait d’avoir accompli tout cela, professionnellement cette entreprise est mon bébé», conclut-il en riant.
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